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Mon Tor des géants 2018

Le Tor des Géants me trotte dans la tête depuis un moment déjà. C’est un des ultra-trails mythiques qui me semblait hors de portée il y a 3-4 ans. Les chiffres parlent d’eux-même : 340 km, 24.000 m de dénivelé positif. C’est une boucle dans la vallée d’Aoste, départ et arrivée à Courmayeur. Les Géants ce sont les 4 sommets de plus de 4.000m aux pieds desquels l’épreuve se déroule : Mont-Blanc, Monte Cervino, Monte Rosa et Gran Paradiso.

2017, tirage au sort défavorable, je refais donc le Swiss Iron Trail 214 km que je termine 8ème.

2018 c’est la bonne année ! Alors ce dimanche 9 septembre me voilà dans le sas de départ avec 890 autres coureurs. 

Le temps est beau et les prévisions au moins bonnes jusqu’au jeudi, ce qui est une vraie chance. 

Je suis arrivé de Berlin le jeudi soir. J’ai essayé sans trop de succès d’emmagasiner du sommeil et j’ai préparé mon sac de course, mais aussi surtout le sac pour les bases vie… Sur le parcours, il y a 5 bases vie où on récupère ce sac. N’ayant pas d’assistance comme certains coureurs, son contenu est donc clé pour la réussite du périple : changes de vêtements, recharge nourriture et batteries, pharmacie,… .  Le samedi matin, j’avais prévu de faire un saut à Paris pour le mariage de mon cher cousin Arnaud. Tout était minuté pour être rentré juste à temps pour la remise des dossards et le briefing à 20h à Courmayeur. Le sort en a décidé autrement. Ou plutôt l’abruti d’italien qui a bloqué ma voiture dans le parking exigu de l’hôtel. Une bonne heure pour le localiser et le réveiller (à 5h du matin) et c’était raté pour aller prendre mon avion à Genève. Désolé encore cousin et beaucoup de bonheur pour vous deux !!

L’énervement passé, je me suis fait du coup une matinée repos et l’après-midi j’ai fait la queue 2h30 pour récupérer mon dossard, puis ensuite à 20h a eu lieu le briefing puis la « pasta party » dans la grande salle du palais des sports de Courmayeur.

A ma table, 3 « sénateurs » très sympas. Les sénateurs sont ceux qui ont terminé toutes les 9 éditions depuis la création de la course en 2009. Des mines d’informations et d’expériences qui ont plein d’anecdotes à raconter. L’un deux, Alex, me raconte avoir fait également toutes les Mil’ Kil’ depuis la création (course sur route de 1.000 km). Ils me parlent d’un autre qui vient de faire la PTL 15 jours avant (330 km également), puis l’ultra-trail de Monte Rosa (170 km) terminé la veille et qui enchaine sur le Tor des Géants. Bref de vrais fous furieux !

Dans ce sas de départ, je me sens bien, mais je suis plein d’humilité devant l’énormité de ce qui m’attend. C’est l’inconnue, surtout au niveau sommeil. J’ai déjà fait aussi long en 2015 (la Petite Trotte à Léon), mais c’était très différent : c’est une aventure par équipe avec orientation. Et au niveau sommeil, cela s’était terminé avec des hallucinations. En mode course balisée, le plus long c’est 214 km avec seulement deux nuits, ce qui se gère très différemment de 4-5 nuits.

Je n’ai qu’une idée en tête : partir doucement, gérer l’effort. Au niveau sommeil, idéalement dormir 2h par nuit et faire des micro-siestes quand nécessaire. Mon plan est de rester dans une zone 650-750 m/h en montée et de trottiner en descente sans forcer.

Le soleil tape et comme il y a 45 min à passer dans le sas de départ (contrôle des GPS) j’essaie de m’asseoir à l’ombre pour ne pas perdre de jus à piétiner sur place.

Courmayeur – Valgrisenche

Dimanche 9.09 – 12h00 à 22h37

Enfin, musique qui donne des frissons, puis décompte et ça y est les fauves sont lâchés !!

Foule des grands jours et folle ambiance dans les rues de Courmayeur dans laquelle nous commençons par un petit tour avant de nous engager dans la montée du Col d’Arp.

Comme sur toutes les courses, beaucoup de coureurs partent beaucoup trop vite, doublent sur le monotrace – du grand n’importe quoi au vu de la distance à venir. J’essaie de ne pas me laisser entrainer et me force à garder ma vitesse ascensionnelle cible – max 750m/h, quitte à me laisser doubler.

Les dossards aident d’ailleurs à bien caler son rythme : ceux qui ont terminé l’année dernière ont un dossard noir et leur numéro reflète leur classement. Les autres ont un dossard violet. Ce sont surtout des dossards violets qui dépassent à ce stade de la course…. 

Après exactement deux heures de montée, j’atteins le col de l’Arp où une cinquantaine de spectateurs font un raffut énorme avec des cloches et je bascule dans la descente vers La Thuille. Dans la descente, je reprends sans forcer plusieurs coureurs qui m’ont dépassé dans la montée – un scénario qui se répètera dans tous les premiers cols. La descente est devenue au fil des dernières années un point fort, mais là j’essaie de rester en dedans tout en ayant un bon rythme. Les voyants sont pour l’instant au vert, les paysages superbes – un vrai plaisir !

Après 1.000 m de descente, arrivée au village de La Thuille – nombreux spectateurs, superbe ambiance. Je ne m’attarde pas – 5 min d’arrêt, recharge en boisson. J’essaie de m’alimenter, mais il fait très chaud et cela a du mal à passer. Je n’insiste pas et je vais le payer dans la montée de 1.000 m au col Deffeyes, en plein cagnard. Bon passage à vide dès le premier tiers de la montée, je suis sans énergie – je prends vite une compote énergétique et je m’accroche pour garder le rythme (lent) décidé. Plusieurs dizaines de concurrents me dépassent.

Au refuge Deffeyes je m’arrête 10 bonnes minutes, me prend un coca et un bouillon, les sensations reviennent – avertissement sans frais. 

J’avais prévu en plus des ravitaillements une alimentation basée au 2/3 sur des compotes énergétiques et 1/3 de solide (barres, noix,…). Je me rends compte que je peux laisser tomber le solide – ça ne passe pas et ne passera pas de toute la course. Pour les ravitaillements, j’essaierai de prendre systématiquement des bouillons avec fonds de vermicelle, et pour les arrêts plus longs des pastas ou de la polenta.

Les 350m de montée très minérale qui restent pour le Paso Alto (2.850 m) sont vite avalés et ça redescend 800m vers le bivouac Promoud – descente assez technique sur un single trail et ça bouchonne un peu, les écarts ne sont pas encore créés. 

Je suis quelques coureurs qui dépassent et rejoint bientôt le sénateur Alexandre rencontré la veille. On discute un peu dans la montée vers le col de Crosatie, puis je prends le large toujours sur mon rythme que je contrôle sur la montre. Montée très rocheuse – en fait à la fin c’est une succession de marches dans un enchevêtrement rocheux. Puis descente au départ très pentue et technique vers Planaval 1.300 m plus bas.

De Planaval, 8 km « plats » – en fait succession de petites montées et descentes. La nuit tombe, donc je sors ma frontale. Je cours tranquillement à 10-11 km/h dès que c’est plat et me remet en marche rapide dès que ça monte. Je dépasse quelques concurrents notamment chinois sur cette portion. Les chinois sont en nombre sur l’épreuve, suivis par des équipes télé équipées de drones.

Enfin après une petite remontée de 300m, c’est la première base vie, Valgrisenche. Il est 22h37, je suis environ 130 ème, je ne ressens pas de fatigue et je décide de ne pas perdre de temps, je dormirai plus tard. Je récupère mon sac de base-vie, prends une assiette de pates et tout en mangeant je procède de manière méthodique aux recharges/échanges prévus pour chaque base vie : nourriture, batterie lampe, mini-powerbank. Comme il fait chaud et que la nuit s’annonce douce, je ne change pas de tenue pour la nuit. 24 minutes après, je redonne mon sac de ravitaillement et c’est reparti. 

Valgrisenche-Cogne

De dimanche 23:01 à lundi 12:43

Cette étape a un profil assez simple : 3 grands cols avec 1.000m pour le col Fenêtre puis 1.350m pour le col Entrelor et enfin 1.650m de montée pour le col Loson, le point culminant de la course à 3.299 m. Avec autant de descente à chaque fois.

J’attaque donc la première montée. La nuit est très douce, je reste en T-shirt – je mettrai juste un buff autour du cou pour la descente. Je monte tranquillement à mon rythme. Je suis en forme. Peu avant la fin de la montée, il y a un ravitaillement au refuge Chalet de l’Epée. J’y discute avec Joe Grant, figure connue du trail, que je suis surpris de voir là. En fait il est bien malade (genre angine) et du coup va bien plus lentement que normalement. Il finira par abandonner après s’être accroché encore un bout. Et également avec Stéphanie Case, la canadienne qui a déjà fait un podium féminin ici. Cette année elle manque d’entrainement, ayant passé l’année à Kaboul, et ne vise pas de podium. Elle terminera tout de même 31èmeau scratch et 4èmeféminine (et 4h30 devant moi). Nous repartons à plusieurs pour la fin de la montée au col – notamment avec un japonais et Stéphanie Case, mais au bout de 10 min, les rythmes sont différents et je prends doucement le large.

Col Fenêtre

Après le col, la descente est très pentue et technique au début – comme toujours j’y double des coureurs. Je suis particulièrement à l’aise dans ce type de terrain technique. Vers 2:50 j’arrive au ravitaillement de Rhemes. Comme la vigilance commence à baisser sur la fin, je vais directement au dortoir et me couche. Je demande à être réveillé après 45 min. A côté de moi un concurrent chinois a visiblement décidé de refaire son sac dans le dortoir – il tripote sans arrêt ses sacs en plastique – impossible de dormir. Après 30 min sans trouver le sommeil, je repars – assez frustré de m’être arrêté pour rien.

Col Entrelor

Pas de souvenirs particuliers de la montée qui suit vers le col Entrelor, ni de la descente vers Eaux-Rousses où j’arrive à 7h10. Sauf du lever de soleil somptueux sur les montagnes.

Eaux-Rousses, c’est l’heure du petit déjeuner – alors je tente un morceau de gâteau et quelques abricots secs avec un bon café ! Non raté, l’abricot sec ne passe pas… il ressort aussitôt 😦 . 

Je vais devoir rester sur le bouillon avec quelques pates au fond. Je passe 5 min à lire mes messages notamment Whatsapp – c’est bon pour le moral de lire les encouragements de la famille et des amis. Ils m’apprennent notamment que je suis maintenant autour de la 90 ème place. Et puis comme l’écrit Jef à ce moment, « petite gerbe du matin n’arrête pas le pèlerin » alors je repars pour la longue montée au col Loson. 

Cela monte relativement doucement dans une belle vallée – sauf les derniers 300m dans un pierrier très pentu -, mais vite le soleil commence à taper – il fait chaud et c’est interminable. Je me fais doubler par quelques concurrents dans la montée et j’en reprends une bonne partie dans le dernier bout pentu. Je gère ma vitesse à la montre et essaie d’être discipliné pour ne surtout pas aller trop vite.

Au sommet des bénévoles sont présents dans un abri et je comprends vite pourquoi : la portion qui suit est très délicate avec un chemin étroit et un bon à pic. Pas le droit de rater un pas.

Après un petit bout de descente, ravitaillement rapide au refuge Sella et descente dans des alpages jusqu’à la base vie de Cogne. J’y arrive à 12h43. Même routine qu’a toutes les bases vie : recharge nourriture, chargeur, piles,… . Je prends le temps de bien m’alimenter (bonne assiette de pâtes). Et je vais à l’infirmerie faire traiter trois petites ampoules – les pieds ont souffert dans cette dernière portion, avec la chaleur notamment. Je décide aussi de revoir le dispositif pieds car avec des ampoules si tôt dans la course, je vais au-devant d’un gros problème. J’abandonne les sous-chaussettes australiennes Armaskin que j’avais mises. Sensées être une solution technologiquement révolutionnaire issue des dernières recherches, je les avais commandées d’Australie. Je les avais testées pendant l’entrainement fait début juin à Chamonix, mais le modèle était trop petit, me serrait l’orteil. J’avais donc recommandé la taille supérieure et celle-ci a mis énormément de temps à arriver, si bien que j’ai dû décider de les utiliser sans vrai test. Erreur ! Probablement pas adaptées à mes pieds. Je fais donc soigner les ampoules à l’infirmerie. Ce sera à la méthode italienne : sparadrap collé directement sur la peau de l’ampoule !! Cela fera bien pester les podologues français qui me traiteront à l’arrivée. La prochaine fois, c’est décidé, je ferai tout seul. Si je dois enlever/changer le pansement, c’est sûr toute la peau part avec. Je repars avec la bonne vieille solution qui a fait ses preuves : crème Nok sur les pieds et chaussettes Drymax. Je n’aurai plus aucun problème de pieds de toute la course, soit pendant les 235 km qui vont suivre.

Cogne – Donnas

Lundi de 13h35 à 22h53

En repartant de Cogne, arrêt à un stand expresso non officiel tenu par des habitants vraiment gentils à la sortie du village.

L’étape qui suit est supposée être la plus facile : une longue montée de 1.300 D+  assez douce suivie d’une très longue descente (2.500 m de D-).  La montée est assez pénible du fait de la chaleur et de la fatigue qui commence à montrer le bout de son nez. A mi-montée je passe devant un coureur qui fait une micro-sieste allongé au bord du chemin et 10 min après je décide d’en faire autant. 5 min qui rechargent un peu les batteries. 

Fenêtre de Champorcher

En arrivant en haut, je retrouve des forces – je me dis que je vais avaler cette descente pour dormir un bon coup à la base vie. Erreur car 2.500 m de D- ça ne s’avale pas. Sur la première portion la plus raide il fait encore jour, j’allume bien et je reprends une bonne quinzaine de concurrents. A mi-descente, arrivée au ravitaillement de Chardonney. 300 m avant la tente, sur une portion complétement plate, petite inattention, je trébuche sur une pierre et me prends une grosse gamelle. Je m’en tire avec une bonne frayeur, une plaie ouverte derrière l’épaule et quelques égratignures. Il reste 1.150 m de D- et 18 Km jusqu’à la base vie.

La nuit tombe doucement, grosse lassitude. Heureusement je rattrape bientôt Thierry qui faisait la sieste dans la montée précédente et on commence à discuter. Trailer et montagnard bien expérimenté qui a terminé juste au-dessus de 100H l’année précédente. Il a l’air de gérer très bien son allure, sans forcer, en en gardant sous le pied. Il a déjà dormi donc en fait il a déjà une bonne avance sur moi. Discussion très sympa. Il trottine doucement dans la descente et je me cale sur son rythme. C’est interminable, les chemins sont horribles : pleins de cailloux recouverts de feuilles. A la moindre inattention, ça peut être l’entorse immédiate. La nuit s’installant, le sommeil arrive, il faut lutter. Cette descente me paraitra une éternité. Je suis content de ne pas être seul pour ce deuxième début de nuit. Je me laisse porter dans les pas de mon camarade de course.

Arrivée à la base vie à 22.52, autour de la 50èmeplace (mais sans avoir dormi). Je suis lessivé, je vais directement me coucher. Malgré la fatigue, le même scénario se répète, impossible de trouver le sommeil – c’est vraiment frustrant, car je sais que je vais forcément le payer plus tard. Au moment où le sommeil semble s’installer, c’est un coureur à côté de moi qui part dans des quintes de toux monumentales pendant au moins 15 min. Je cherche le sommeil pendant 2h sans le trouver – ce sera malgré tout un repos réparateur et après une bonne assiette de pâtes, je reprends le chemin un peu moins de 3 heures après être arrivé.

Donnas – Gressoney

Mardi de 01:46 à 19:57

Sur le tronçon qui suit, montée de 1.000 m sur 13,5 km jusqu’à la Sassa, j’ai retrouvé une bonne énergie – je mettrai le même temps que les tous premiers. Je suis concentré, la nuit est belle et douce. A la Sassa, vers 5h je me couche à nouveau et j’essaie de dormir, mais à nouveau sans succès – au bout de 30 min allongé, je repars pour 900 m de montée. Les paysages que l’on devine sur la fin de la montée au refuge Coda quand une certaine luminosité revient sont magiques – un grand sentiment de paix et d’harmonie. Mais sur la dernière demi-heure, les paupières se font lourdes, se ferment irrésistiblement, rouvertes par le prochain pas titubant. En arrivant au refuge Coda après une montée de 1.900 m depuis Donnas, je demande un lit – je me retrouve seul dans la chambre du refuge avec couette et oreiller – quel luxe inouï. Je demande un réveil au bout de 30 min. Malgré les conditions idéales, toujours impossible de m’endormir, je prolonge d’autant, mais toujours sans succès. Grrrr ! En tout 4 heures depuis le début passées allongées à chercher le sommeil.  

Coda c’est le KM 170, soit la mi-course !!  et cela fait du bien au moral, tout comme le soleil qui se lève sur des paysages magnifiques. 

Mes arrêts m’ont faire perdre pas mal de place, je dois être autour de 80-90 ème au classement, mais cela requinque à chaque fois pour quelques heures. 

Après le refuge Coda, il y a d’abord une redescente sur le Lago Vargno – dans la descente, je discute un peu avec Thomas G., un français que je recroiserai plusieurs fois et avec qui je ferai un bon bout de chemin plus tard dans la course. Vers 9:30  je passe devant un chalet où est installé un ravitaillement sauvage avec une tarte succulente. Les gens sont adorables – ils vont passer environ deux jours à accueillir les coureurs devant chez eux.

Après le lac, le refuge Barma, puis une succession de cols entre 2.000 et 2.300 m d’altitude avec à chaque fois un dénivelé limité et des paysages superbes (Col de Marmontana, Creux du Loup). 

Au col de la Vecchia où j’arrive vers 15h, un ravitaillement mémorable où je passerais 20 bonnes minutes à l’ombre de la tente de ravitaillement et me régalerai de la fameuse « polenta du Colle de la Vecchia » accompagnée de grillades au feu de bois, servie par des bénévoles adorables. Un régal. 

Le soleil tape mais j’avance bien et je regrignote des places. 

Après le col de la Vecchia, 600 m de D- pour atteindre le ravitaillement de Niel – La Gruba, situé dans une auberge. Le public est nombreux et l’ambiance grandiose.  Je crème mes pieds, prends un bouillon, trois verres de coca et je repars sans trainer. 

La montée au col Lasoney (800 D+) est vite avalée – je suis en forme et le moral est au top

et je redescends sur la prochaine base vie (1.000 D-) : Gressoney. Aucun souvenir de cette descente. Arrivée peu avant 20H. Je décide de faire un arrêt court : je récupère mon sac, attrape une assiette de pâtes et tout en mangeant, je fais méthodiquement le programme base vie : mise en charge du téléphone et de la montre, changement des chargeurs portables, changement des batteries de lampes, recharge de nourriture et d’eau dans le sac, changement de tenue,…,sans oublier quelques minutes de lecture des messages qui réconfortent bien. Et juste après être reparti, avant que cela ne remonte, le petit coup de fil à la maison qui fait aussi beaucoup de bien. Tous les gestes sont plus lents qu’aux premières bases vie. Beaucoup de coureurs ont une assistance qui fait tout cela pour eux. D’ailleurs, on revoit souvent les mêmes visages qui attendent leur coureur en encourageant les autres, ce qui est assez sympa. 

Gressoney – Valtournenche

De mardi 20:52 à mercredi 9:21

Je quitte la base vie 55 min après y être arrivé, soit un peu avant 21h. 205 km derrière, 135 km devant ! Je suis repassé à la 42èmeplace (mais sans dodo encore). 

En sortant de la ville, je rattrape un concurrent et quelle bonne surprise, c’est Thierry (avec qui j’avais fait la descente sur Donnas). On fait route ensemble pendant un moment, puis je le laisse partir dès que ça monte fort – il a un rythme bien plus rapide en montée. D’ailleurs, il a dormi au moins deux heures chaque nuit depuis le début et a donc en fait beaucoup d’avance sur moi. Il terminera à une belle 18èmeplace, avec 9h d’avance sur moi. Une belle rencontre de cette course !

Après 400 m de D+ je passe au refuge Alpinzu, où j’avais prévu de dormir. Mais je ne m’y arrête finalement pas. Je ne sais pas si on pouvait y dormir, mais en tous cas je ne trouve pas – ma lucidité n’est probablement pas au top, et puis je me dis qu’à 22h00 c’est encore tôt – et c’est vrai que l’idéal c’est de se coucher aux heures les plus difficiles vers 2-3h du matin… 15 min après je vais le regretter. Il y a encore 1.000 m de D+ pour arriver au col Pinter et le sommeil me tombe dessus. Je titube littéralement, les yeux se ferment, le prochain pas me réveille. Je ne croise personne de la montée malgré mon rythme assez lent. Je cherche l’endroit où je vais pouvoir m’allonger à l’abri du vent mais je sais que c’est dangereux, on peut tomber en hypothermie en quelques minutes. Je ferai un arrêt comme cela avec un micro-sommeil de 3-4 min emmitouflé dans ma veste de pluie. Cela m’achète 20 min de répit dans ma lutte contre le sommeil. Dès que c’est plus escarpé, je me fais violence, m’asperge le visage d’eau – il y a des passages où c’est interdit de tituber. Finalement le col et après, cela va mieux comme toujours dans les descentes. Peu avant le ravitaillement de Champoluc, une bonne averse de pluie/grêle finit de me réveiller. Je me couvre, elle durera une petite heure et comme je suis presque en fonds de vallée, à l’abri du vent, ce n’est pas déplaisant.

Champoluc : enfin dodo !!! J’arrive à 1h55. Je vais directement me coucher dans le dortoir installé dans cette salle communale : Je demande à être réveillé au bout de deux heures et je tombe comme une masse. Cette fois-ci le sommeil est immédiat. A l’heure dite, je demande 30 min de grâce, j’ai l’impression que cela fait 5 min que je dors. C’est un peu difficile d’émerger, les jambes sont un peu dures. Je me crème les pieds, avale bouillon, café et coca tout en picorant au buffet de ravitaillement. Et je reprends le sentier vers 5h du matin. Le sommeil a fait un bien fou, je me sens comme neuf et j’attaque la montée vers le refuge du Grand Tourmalin et le col de Nanaz sur un bon rythme. L’aube dans la montée est magnifique avec d’abord les montagnes qui se détachent sur un ciel qui passe de noir à bleu foncé puis s’illumine progressivement– c’est bouleversant. Je me sens à nouveau en communion totale avec ces montagnes. Le sentier monte au creux d’une vallée très jolie suivant longtemps un petit ruisseau. Je verrai un seul coureur au ravitaillement, mais sinon personne pendant toute la montée (1.100 m D+) et la descente (1.200 m D-). On dirait que des écarts commencent à se creuser entre coureurs.

CJ’arrive à la base vie de Valtournenche à 9h21 et j’en repartirai à 9h51. Je suis beaucoup plus lucide et rapide qu’à la dernière base vie, le sommeil a été salvateur.

Valtournenche – Ollomont

De mercredi 9:51 à jeudi 03:23

La montée au refuge Barmasse n’est pas particulièrement dure ni longue (600 m de D+), mais le soleil commence à taper fort et l’envie de dormir à revenir – cela me semble donc interminable. Je fais une sieste de 10 min à l’ombre d’un gros rocher et me fais aussitôt passer par plusieurs concurrents que je retrouverai au ravitaillement suivant. J’y prends plusieurs verres de coca frais – un vrai bonheur et un café.

C’est reparti pour une succession de petits cols, aucun très impressionnant, mais on reste au-dessus de 2.000 m et il fait extrêmement chaud. On a l’impression d’être loin de toute civilisation. Dans chaque ruisseau je trempe ma casquette ce qui donne 5 min de répit, mais il n’y en a plus pendant un long moment et cela devient très pénible. Cette portion me semble interminable, je souffre de la chaleur, j’en bave, à la limite d’être à la dérive. Dans la montée du col fenêtre, je suis dépassé par quelques coureurs dont Thomas, avec qui je vais faire route par intermittence jusqu’au refuge Cuney, donc pendant quelques heures. Nous nous arrêtons au moins 15 min au refuge Magia en début d’après-midi, à l’ombre de la tente de ravitaillement. Cette chaleur pour mi-Septembre est incroyable. Cette longue portion a laissé des traces. 

Le début de la montée au refuge Cuney (650 D+) est très rude, puis sur la fin, la pente s’adoucit. Avec Thomas, chacun monte à son rythme, mais on finit par arriver ensemble au refuge Cuney vers 18h. 

Il est épuisé, songe à abandonner – je lui conseille de dormir un moment avant de prendre toute décision. Il aura le courage de repartir et terminera 8h derrière moi. Bravo à lui. 

Je repars au bout de 5 min après avoir avalé bouillon, fromage et viande séchée et je courrai seul pendant les 50 kms suivants. A partir du refuge Cuney, la température s’adoucit – cette période jusqu’à la tombée de la nuit est très agréable et je retrouve du poil de la bête pour passer le point de ravitaillement du bivouac Clermont et son feu de camp, puis peu après le col Vessonaz à 2.788 m d’altitude, et attaquer la longue descente jusqu’à Oyace (1.300 m de D-). 

VLe début est assez raide et très technique, genre champ de petits cailloux et j’ai une bonne pêche qui est revenue – donc j’attaque bien et repasse plusieurs coureurs. J’arrive au village d’Oyace peu avant 22h, à la lumière de la frontale. J’ai eu l’impression de me faire doubler dans les montées sans arrêt depuis Valtournenche et d’en avoir bavé et pourtant je suis 47ème, donc je commence à me dire que c’est vraiment possible de terminer dans les 50 premiers, ce qui serait assez inespéré.

Et du coup, je mange et repars sans dormir – en fait je suis bien à ce moment-là et je n’aurais probablement pas trouvé le sommeil. Une grosse heure plus tard, dans la montée au col Brison (1.000 de D+), peu avant minuit c’est lui qui me trouve. C’est violent, je titube complètement, impossible garder les yeux ouverts. Il fait froid, donc je sais que ce n’est pas une bonne idée de s’arrêter même en se couvrant, mais après 20 min de lutte, je cherche juste le bon endroit pour m’allonger. Un premier arrêt de 5 min avec un micro-sommeil me fait une espèce de reset pendant 30 min, mais cela revient. C’est devenu très pentu avec du dévers, donc vraiment compliqué de s’arrêter. Je refais tout de même un arrêt en calant mes pieds sur un rocher allongé dans la pente. Mais c’est froid et humide alors au bout de 3 ou 4 min je repars. Je sens que ça va être compliqué de passer le col comme ça, quand tout à coup je tombe sur une sorte d’abri, avec un guide bénévole qui propose du café. Il me demande si ça va, puis fait lui-même la réponse « non ça va pas ». Je lui demande si c’est possible de dormir 10 min. Il me dit qu’exceptionnellement ok. Le ravitaillement/point de secours est composé d’une tente auvent avec deux chaises puis, derrière, un mini-abri en dur en plexiglas posé là par hélicoptère avec deux couchettes pour les bénévoles qui se relaient. L’une est occupé par le bénévole qui fait sa nuit, mais l’autre est libre et je m’endors aussitôt. Après 10 min quand il me réveille, je demande 10 min de plus. Après encore un bon café je repars et ce n’est certes pas la grande forme, mais cela va nettement mieux. J’arrive peu après au col à 2.492 m d’altitude. Il est balayé par un vent glacial et juste en-dessous je tombe sur un abri similaire. Je rentre 5 min prendre à nouveau un bon café et je discute avec le guide très sympa qui est dedans. La descente (1.100 m de D-) est à nouveau assez technique mais le sommeil n’est plus un problème comme toujours en descente. Et puis l’arrivée prochaine à la dernière base vie donne un gros coup de booster au moral. Quand on arrive à Ollomont, on termine – et je sais que je vais pouvoir faire un bon arrêt dodo. J’ai donc un bon moment d’euphorie dans cette descente. J’arrive à Ollomont à 3h23, je récupère mon sac et monte à l’étage me coucher dans un dortoir de 6-7 personnes. Il me faut quelques secondes pour m’endormir.

Ollomont-Courmayeur

Jeudi de 04:54 à 18:42

Je repars d’Ollomont à 4h45, soit un peu plus d’une heure de sommeil et 20-25 min pour tout le reste.  Le début de la montée au col Champillon est très agréable – je suis bien, la température est douce, les montagnes se découpent dans un beau ciel étoilé foncé qui s’éclaircit peu à peu. C’est magique. Je croise d’ailleurs dans la montée un photographe qui se régale – il me suivra en me mitraillant pendant quelques centaines de mètres.

Puis une heure avant d’arriver au refuge Champillon, le sommeil me retombe dessus. Même cinéma : les yeux se ferment de manière irrésistible, le pas suivant me réveille, ce qui fait que je titube. Je sais que le soleil arrivant va me tirer d’affaire, alors je lutte et au refuge, je décide de ne pas faire de somme : il reste moins de 300 m à monter avant d’enquiller sur la descente. Je suis clairement dans la course – je réalise doucement que si je ne craque pas sur la fin, je peux réellement terminer dans les 50 premiers, alors je ne lâche rien. Je fais et refais les calculs de temps (ma lucidité n’étant pas au top) – la barre des 100H me semble impossible, même en allant très vite. Je fais donc une croix dessus, en me disant que ça sera pour la prochaine fois.

Dans la descente, j’ai un gros passage euphorique – je me répète que c’est l’avant dernière, le soleil brille, et je descends donc à bonne allure sur un terrain pentu et assez technique et glissant, évitant de peu la gamelle plusieurs fois. A la fin de la descente, il y a une courte remontée sur une ferme ravitaillement où je m’arrête cinq minutes pour un café et quelques morceaux de fromage. Je vois deux coureurs en-dessous de moi qui me reviennent dessus. Alors sur les dix kilomètres qui suivent, en faux-plat montant ou descendant, je cours à 11km/h, ce qui à ce stade de la course est assez rapide – sauf bien sûr dans les portions un peu montantes où je me mets en marche rapide. Je sais que ces deux coureurs finiront par me rattraper et ce n’est pas grave – ce qui m’obsède à ce moment c’est de ne pas me faire reprendre par 10 ou 15 coureurs sortis de je ne sais où. Ces dix kilomètres me paraissent interminables, car je ne connais pas le parcours et on voit successivement plusieurs villages qui ne sont pas les bons. En arrivant à Bosses, je double une coureuse en pleurs qui marche péniblement et a l’air de souffrir. Elle me dit qu’elle est blessée et va abandonner. Je lui conseille de se reposer à la base vie avant de prendre toute décision. Abandonner à Bosses, ce serait dommage. Un peu plus loin, je croise son assistance qui va à sa rencontre. Elle repartira effectivement et terminera seulement 1h30 et 11 places derrière moi. Chapeau !

Bosses, je fais un arrêt rapide – boisson, grignotage et c’est reparti. Au moment où j’arrive, un français est en train de repartir, Jeff (qui a monté une superbe vidéo de son aventure). Son assistance, que j’ai déjà aperçue, est composée de sa femme et ses deux enfants assez jeunes. Ils ont pris une semaine de vacances pour suivre leur papa. Whaouh ! On discutera plus longtemps à l’arrivée. Très sympa.

Mes deux poursuivants de la portion qui précédait Bosses arrivent au ravitaillement 5 min après moi. Je repars devant, mais ils me rattrapent quelques centaines de mètres après le ravitaillement. On discute un peu et je fais marche avec eux. On dépasse vite un japonais qui a l’air complètement défoncé. Puis peu après Jeff. Dans toute la montée jusqu’à la ferme de Merdeux qui doit durer deux heures, on discute à bâtons rompus. J’ai du mal à suivre au début mais je m’accroche. Thomas est suisse allemand. Il a déjà gagné le Swiss Iron Trail, trail de 214 km que j’ai couru les deux années précédentes (8èmeplace en 2017). Il a été ralenti par de graves problèmes gastriques, a passé quelques heures allongé à l’infirmerie, très déshydraté, a failli abandonner, et va donc terminer probablement en-dessous de son potentiel. Mais ce qui compte avant tout sur une course comme celle-là, c’est de terminer malgré les pépins. C’est un trailer très aguerri, d’un niveau bien supérieur au mien – un documentaire sur lui a même été tourné au Japon (« God’s territory »). Luca est un italien très sympa qui parle allemand. On parle donc en allemand. Un semblant de forme revient et donc on se relaie en première place pour faire le rythme. Après la ferme de Merdeux, la montée jusqu’au refuge Frassati – dans des pâturages herbeux – est rude, le soleil tape fort. Le sommeil me retombe dessus. J’ai du mal à mettre un pas devant l’autre, je rêve de m’allonger dans l’herbe. Je m’accroche mais je sais que je n’y arriverai pas sans dormir un coup au refuge. Je sais que mes compagnons eux enchaineront et donc je les laisse filer peu avant le refuge. J’y arriverai quelques minutes après eux, titubant de sommeil. On se donne rendez-vous à l’arrivée et je vais dormir 20 min. Quand j’émerge, quatre concurrents sont arrivés et repartis. Jeff lui vient d’arriver. Je suis gonflé à bloc, je sais que c’est la dernière portion de montée vers le fameux col Malatra, puis quasiment descente jusqu’à l’arrivée. 

MJ’attaque dans cette montée, dopé par la perspective de l’arrivée à Courmayeur et peu avant le col, je redouble la concurrente blessée qui est passée pendant que je dormais au refuge Frassatti et semble avoir ressuscité. La dernière montée est très raide et technique. Une corde permet de passer le dernier passage. Un guide est présent au sommet pour assurer la sécurité. Il me prendra très gentiment en photo dans ce col symbole de la course. 

Ça y est, plus qu’à descendre !! La chappe de sommeil de la montée à Frassatti n’est plus qu’un souvenir. J’attaque la descente à toute blinde, les jambes répondent bien. Courmayeur, j’arrive !!

Après une heure de descente, il y a une cabane de contrôle, puis une remontée de peut-être 200 m de dénivelé. Je rattrape en bas de celle-ci un italien de la région accompagné d’une nuée d’amis qui l’accompagnent (ce qui n’est pas trop permis d’ailleurs …). Ceux-ci sur un ton moqueur envers lui m’encouragent à aller dépasser leur pote – c’est lourd dingue pour lui comme pour moi. Je n’accélère bien sûr pas et lui par contre fait l’effort et me laisse sur place dans la montée. Une averse tombe. Tout à coup surgit derrière moi de nulle part le japonais doublé après Bosses et qui a dû me redoubler à Frassati. Il a certainement fait une micro-sieste derrière un rocher. Il reste à vue à mes trousses pendant 20 bonnes minutes. La pluie durera seulement 30 min mais cela suffit pour rendre la descente suivante très boueuse et glissante. Je vais vite sur ce terrain glissant pour lâcher le japonais et du coup, les muscles étant probablement en bout de course, je me blesse aux ligaments du genou gauche (une inflammation pas méchante mais très douloureuse). Cela transforme toute la fin de course. Courir en descente devient extrêmement douloureux. Par contre je suis bien décidé à ne pas me faire prendre de place alors qu’il reste moins de trois heures de course – donc je serre les dents et je souffre vraiment pour la première fois depuis le départ. Le flanc de coteau descendant qui mène au refuge de Bertone (fait plusieurs fois dans l’autre sens sur les courses de l’UTMB)  est vraiment interminable. Dès que ça remonte un peu c’est une délivrance. Dès que ça descend, j’essaie d’amortir au maximum avec les bâtons. 

Enfin Bertone à 17h44 !! Sans m’être fait doubler !

J’avale un coca rapidement et je repars aussi sec. Mon genou me fait extrêmement mal alors je regarde tous les trois virages le suivi live sur mon téléphone pour voir l’avance que j’ai sur les coureurs suivants. 19 min sur le japonais au passage à Bertone donc je commence à gérer plus mon effort et à descendre un peu plus doucement. Si j’avais eu cette blessure 50 km plus tôt, très probable que je ne terminais pas.

Enfin ça y est l’entrée de la ville. Je trottine en me retournant régulièrement et en espérant que personne ne revienne sur moi maintenant. Le passage dans la rue principale donne des frissons : les passants applaudissent, les commerçants sortent des magasins pour applaudir et faire retentir des cloches, les gens en terrasse applaudissent. Après plus de 4 jours d’effort, c’est fou !! Et puis le passage de la ligne, le public, les coureurs arrivés avant qui accueillent, la bière de l’arrivée, les coups de tél. de félicitations ! Que d’émotions !!!

Je termine donc jeudi à 18h42 et je suis 43èmeen 102h42 de course.

Mes deux poursuivants immédiats dans la descente de Bertone arriveront finalement 3 min et 5 min après moi !! Ils me reprennent 22 min dans la dernière descente calvaire (58 min pour moi), donc j’ai bien fait de ne rien lâcher. Le fameux japonais arrivera lui 27 min après – il était probablement bien cramé.

Après avoir trainé une petite heure près de la ligne d’arrivée et discuté avec les coureurs qui sont arrivés peu avant ou peu après moi et que pour la plupart j’ai croisés pendant la course, je vais me coucher tôt. La première nuit, le sommeil est agité, intermittent. Le lendemain matin, je vais à la base vie de Courmayeur dans le centre des sports pour massage, podologue et ostéopathe. Puis je traine un peu dans le village, me prends une bonne pizza avec d’autres coureurs, une glace avec Thomas et Luca, mes compagnons de la montée à Frassatti. Après un effort de ce type, on apprécie vraiment les choses simples. Comme après chaque course de ce type, les jambes sont gonflées (chevilles et genoux). D’après ce que j’ai lu, il s’agit d’inflammations protectrices. Le corps – cette mécanique fantastique – produit ces inflammations pour protéger articulations, tendons et ligaments. Le genou gauche sera douloureux pendant 3-4 jours. Pas de courbatures mais une bonne fatigue musculaire et générale. Cette dernière durera 3 bonnes semaines pendant lesquelles je me coucherai bien tôt.

Cette course est particulière car les arrivées se succèdent dans la ville qui vit à leur rythme jusqu’au samedi en fin d’après-midi. Tous les concurrents sont appelés à rester jusqu’au dimanche, où tous les « finishers » sont appelés un à un à monter sur l’estrade. Cela fait partie de l’esprit du Tor des Géants. Du coup en attendant le dimanche matin, on rencontre dans le village beaucoup de coureurs vus sur le parcours, ce qui est assez sympa (généralement, sur ces courses tu passes 20 min sur la ligne d’arrivée et après tu rentres chez toi).

Bilan : une vraie aventure, dans des paysages superbes, des valdotains extrêmement accueillants, un excellent esprit entre coureurs, un temps magnifique, un fantastique voyage intérieur aussi. Bref une expérience de celles qui font repousser ses limites, qui laissent des étoiles dans le coeur.

Au niveau physique, à part les ampoules du début et la blessure de la fin, tout était positif – je pense que ma préparation a été bonne et globalement le rythme bien géré (à part quelques descentes trop rapides). L’altitude ou la longueur de la course n’ont pas été un problème. Je pense même que c’est une longueur qui me correspond bien. Le mental a bien tenu, avec bien sûr des hauts et des bas – le beau temps a certainement aidé, car avec un temps très mauvais, ça doit être une autre histoire. Au niveau alimentation, pas idéal, mais cela fait plusieurs courses que c’est comme cela: impossible d’avaler du solide sauf dans des arrêts plus longs, et du coup quelques passages à vide probablement dus à cela. Le point délicat : le sommeil et sa gestion. 4 heures passées allongé sans arriver à dormir, et en tout seulement 5 heures de sommeil sur 4 nuits et du coup, plusieurs montées effectuées en titubant de sommeil. Là va falloir réfléchir pour la prochaine fois. Rester sur des micro-siestes sur les deux premières nuits et dormir un petit peu plus ensuite ?

En tous cas, rendez-vous est pris pour une des prochaines années pour tenter de passer sous les 100H !!

Il me reste à remercier ma femme Anja, qui me permet de prendre le temps pour m’adonner à cette passion (entre entrainements, course de préparation, week-ends chocs,…, cela fait quand même un peu de temps, même si j’essaie de rester raisonnable 😏😘) et me suit et soutient à distance pendant la course – désolé pour les longs passages sans couverture GPS !! Et aussi la famille et les amis (notamment les trailers) pour le support sur Whatsapp ou autres facebook pendant la course. Ça aide énormément ! Et mon frère Xavier, que la montagne nous a pris trop tôt, mais qui est à mes côtés pendant toutes ces courses dans les montagnes.

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